Traité distinguant conscience individuelle et Sagesse

Vajrayana, également appelé mantrayana, Tantrayana, le bouddhisme ésotérique ou tantrique.
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davi
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Traité distinguant conscience individuelle et Sagesse

Message non lu par davi » ven. 23 févr. 2018 17:27

Rangjoung Dorjé (1284-1339) est la troisième incarnation d’une lignée qui remonte à Dusoum Khyènpa (1110-1193), le premier Karmapa, un maître tibétain exceptionnel prédit par le Bouddha lui-même. Dusoum Khyènpa fut le premier lama à annoncer sa future émanation, initiant ainsi la tradition des tulkous au Tibet. Les Karmapas sont les hiérarques de la Lignée Karma Kagyu.
Traité distinguant conscience individuelle et Sagesse

1
Hommage à tous les bouddhas et à tous les héros de l'éveil !

2
Après m'en être pleinement remis à l'écoute et à la réflexion,
Dans la solitude je me suis retiré
Afin de m'appliquer à la discipline de la méditation.
Ce qui s'est fait jour de cette façon, je vais ici l'exprimer.

3
D'aucuns pensent que les trois sphères et tous les êtres de l'univers
Proviennent du soi, de l'autre, des deux ensemble,
Ou bien qu'ils n'adviennent de nulle cause.
Certains soutiennent l'existence d'un créateur : Fortune, Shiva, Brahma ou Vishnou ;
Certains affirment l'existence extérieure de particules composant la matière ;
Certains encore allouent vraie substantialité au niveau dit insaisissable de la matière.
Telles seraient, selon eux, les sources de manifestation du soi et de l'univers.

4
Seul l'Omniscient a enseigné
Que les trois sphères ne sont que l'esprit.
Elles ne procèdent ni du soi, ni de l'autre,
Ni des deux et n'adviennent point sans cause.
Tous les phénomènes se produisent en interdépendance :
En essence, ils sont vides;
Pareils à l'illusion magique, au reflet de la lune sur l'eau, et tout à l'avenant,
Ils sont entièrement libres de l'un ou du multiple,
Entièrement dégagés du vrai ou du faux ;
Sachant cela, l'Omniscient l'a révélé aux êtres.

5
Illusion et non-illusion,
De quelle source proviennent-elles donc ?
Tout comme, du miroir, on connaît son propre visage,
Et, de la fumée, on connaît la présence du feu...
Ainsi ai-je compris l'enseignement du mode interdépendant ;
Cette réalisation, je vais la décrire ici clairement.

6
Considérons les consciences des cinq portes.
Ce qui fait naître les affects est l'acceptation ou le rejet
Des formes, sons, odeurs, saveurs et tangibles.
Mais tous ces objets des sens, que sont-ils ?
Les ayant examinés de manière excellente, ceux qui sont nantis de connaissance supérieure
Verront que, jusqu'aux atomes et particules, rien n'existe extérieurement,
Rien n'est autre que simple cognition.

7
Si les objets sensoriels étaient, en substance,
Autres que la conscience, ils ne relèveraient point d'une similaire nature ;
Etant donné que la connaissance immatérielle, ainsi dépourvue de support,
Ne possède nulle capacité à engendrer la matière inanimée,
Il n'existerait non plus un lien de causalité entre les deux ;
Dans cette assertion, que les objets apparaissent de la conscience
Serait absurde, puisqu'ils n'auraient de relation aucune sorte.

8
C'est pourquoi toutes ces diverses apparences
Ne sont nullement objets existant hors la conscience,
Mais adviennent purement en tant qu'expérience d'auto-connaissance.
Jusqu'aux particules infimes,
Toute la manifestation est l'esprit. Cela signifie,
Rien n'étant produit en qualité d'autre, extérieurement,
Que de créateur, tel Brahma, il n'y a point.

9
Quant à la relation entre conscience mentale et phénomènes,
Elle est sur le mode de l'expérience onirique :
Tandis que la conscience dirigée vers eux les objective complètement,
Ils n'ont aucune véritable réalité.

10
De cette manière, les apparences en leur infinie variété
- Objets et êtres,
Saisie du soi et diversité des aspects de connaissance -
Ne sont que les six consciences; tout ce qui apparaît,
Si ce n'est point objet en vertu d'un autre, quel qu'il soit,
Alors ce n'est point, non plus, sujet en vertu d'un soi,
Ce n'est point né des deux, ni de leur absence.

11
C'est pourquoi, comme l'a dit le Vainqueur,
Existence cyclique et au-delà, en totalité, sont seulement l'esprit.

12
Il a enseigné que les causes, conditions et interdépendance
Sont les six consciences, la conscience voilée et la conscience-base universelle.

13
Les six consciences
Sont contingentes de la condition objective, laquelle se constitue
De six sortes d'objets, visuels et autres.

14
Leur condition régente se constitue de six facultés,
Qui sont formes de lumière.

15
Tous deux procèdent de l’esprit :
La manifestation aboutie en facultés et objets
Se fonde sur un élément présent depuis des temps sans commencement.

16
Bien que l’objet sensoriel soit perçu par la conscience correspondante,
Ses caractéristiques particulières sont appréhendées par un évènement mental
Fondé sur une conscience mentale formatrice
Qui possède deux aspects : le mental immédiat et le mental souillé.

17
Etant la condition qui permet naissance et cessation des six consciences,
Le mental immédiat
Apparaît comme connecteur, en même nombre d’instants
Que ceux de naissance et cessation de ces consciences ;
Cela est connu d’un esprit doté du yoga
Et grâce à la parole du Vainqueur.

18
L’autre aspect de cette conscience
Est nommé mental souillé
Parce que, concevant l’esprit-même en tant que « moi », générant l’orgueil,
S’attachant au moi et joignant à cela la nescience,
Il donne naissance à toutes les vues erronées de croyance au soi.

19
Le mental immédiat de chaque cessation des six consciences
Est le champ d’apparition de ces consciences,
Tandis que le mental souillé est le champ d’apparition des affects ;
Du fait de sa capacité à générer et à voiler,
La conscience voilée possède ces deux aspects.

20
A ceux qui sont doués d’intelligence exceptionnelle,
Le Bouddha a enseigné la conscience-base universelle.
Elle est aussi nommée « conscience d’acquisition »,
« Conscience-support » et « conscience-site » ;
Ou encore « conscience de maturation complète », car en elle s’accumulent
Distinctement, en toute neutralité,
A l’image de la pluie et des fleuves allant emplir l’océan,
Tous les actes générés par les sept consciences.

21
Puisqu’elle fait naître toute chose,
Puisqu’elle est le terrain où germent toutes les graines,
Elle est définie comme condition causale ;
Si les sept autres consciences ont disparu, c’est qu’elle a été renversée,
Aussi la nomme-t-on également « conscience-condition ».

22
Puisqu’elle détient l’identité d’intérieur et extérieur,
La conscience-base universelle constitue précisément
La racine de tout ce qui est à éliminer.
Il est dit qu’il faut en triompher
Par l’absorption semblable au vajra.

23
Lorsqu’est détruite la conscience-base universelle, avec son voile,
A cet instant, voici la sagesse semblable au miroir.
A partir d’elle se déploient les autres sagesses, sans nulle conception d’un « moi » ;
Présente de manière permanente, sans la moindre interruption,
Elle réalise ce qui est à connaître, sans point de référence ;
Parce qu’elle est cause de toutes les autres sagesses,
On décrit cela sous le nom de « corps absolu ».

24
Lorsque, par l’absorption de l’attitude héroïque, on a excellemment triomphé
Du mental souillé,
On a, sur les chemins de vision et de familiarisation, excellemment éliminé les affects ;
Comme il n’y a points d’affects, il n’y a ni devenir ni paix ;
C’est ce que l’on nomme « sagesse de l’équanimité ».

25a
Parce que le mental immédiat
Appréhende les six consciences, il est « sujet » ;
Parce qu’il crée le processus de la pensée, il est « pensée ».
Grâce à la parfaite connaissance supérieure
Et à l’absorption semblable à l’illusion,
On parvient à en triompher. […]

25b
[…] Alors, à partir du moment où l’on obtient la grande patience,
Ce niveau sujet et objet se mue
En révélation des champs purs,
Déploiement de la sagesse des trois temps
Et manifestation illimitée de toutes activités ;
Lorsqu’est entièrement transformé ce champ des pensées,
Voici la sagesse discernante.

26
Ces deux sagesses
Etant méditation pure, il n’y a demeure ni dans le devenir ni dans la paix ;
Etant plénitude de paix, d’amour, de compassion,
Elles font jaillir les mandalas du mélodieux dharma suprême,
Trésors des myriades d’absorptions et de dharanis,
Qui manifestent la parole et la diversité des corps
Dans une multitude d’entourages :
Voilà ce que l’on nomme « corps de gloire ».

27
La transformation des consciences des cinq portes et de la conscience mentale non conceptuelle s’effectue ainsi :
Issus de l’examen parfait,
Les seize instants de patience et connaissance, et autres,
Qui comprennent les aspects des Quatre Nobles Vérités,
De leur sens confèrent vision puis vraie réalisation ;

28
De là, les cinq facultés sensorielles se transforment, avec pour fruit,
Au cours de l’engagement dans tous les objets des sens,
L’acquisition de facultés en douze centaines de qualités ;
Cela même étant ultimement parachevé,
C’est la sagesse accomplissante.

29
Elle accomplit tout bien des êtres
Par des émanations variées, inconcevables,
Qui apparaissent à l’infini au travers des mondes :
Voilà le corps d’émanation suprême.

30
De la transformation des niveaux de l’esprit, du mental et des consciences,
Les trois corps et leur activité illimitée sont le fruit.
La plénitude de leur présence, libre d’unicité ou de multiplicité,
Dénuée de commencement, dégagée de l’existence cyclique et de l’au-delà,
Dans le mandala de pure simplicité de l’espace universel,
Est nommée « corps d’essence-même ».

31
Dans d’autres textes, le Vainqueur
Enseigne cela sous l’appellation de « corps absolu » ;
La sagesse semblable au miroir correspond alors au corps de sagesse,
Et les autres sagesses, aux deux corps formels.

32
L’état de bouddha est l’actualisation de la nature
Des cinq sagesses et des quatre corps.

33
Le Bouddha a dit que ce qui arbore toute impureté de l’esprit, du mental et des consciences,
C’est la conscience-base universelle,
Et que ce qui est immaculé, c’est la quintessence des vainqueurs.

34
Il a enseigné que la vérité du chemin consiste à posséder
La faculté de connaissance supérieure des êtres nobles,
Qui, née de la pensée pure,
Triomphe de la pensée impure.

35
Les ignorants, privés de la réalisation de ce mode d’être ultime,
Errent dans l’océan de l’existence cyclique ;
Comment, privé de cette nef qu’est le Vaisseau des Héros de l’Eveil,
Atteindrait-on jamais l’autre rive ?

36
Puissent tous les êtres réaliser cette vérité !

Rangjoung Dorjé, IIIè Karmapa
Rapporté par Thrangou Rimpoché dans Le Traité des 5 Sagesses et des 8 consciences aux Editions Claire Lumière
http://www.clairelumiere.com/index.php? ... 0lh04linp3
S'indigner, s'irriter, perdre patience, se mettre en colère, oui, dans certains cas ce serait mérité. Mais ce qui serait encore plus mérité, ce serait d'entrer en compassion.
Le Bouddhisme Le sutra du coeur603.WMA
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Re: Traité distinguant conscience individuelle et Sagesse

Message non lu par davi » sam. 24 févr. 2018 20:19

Une représentation des 5 Sagesses sous la forme des 5 Vainqueurs :
5-Jinas-01.jpg
Au centre, blanc : Vairochana (Sagesse du Dharmadatu*)
A l'est, en bas, bleu : Akshobya (Sagesse semblable au miroir)
Au sud, à gauche, jaune : Ratnasambhava (Sagesse de l'équanimité)
A l'ouest, en haut, rouge : Amitabha (Sagesse discernante)
Au nord, à droite : Amoghasiddhi (Sagesse accomplissante)

L'idée de diversité issue d'une même essence se retrouve sous une forme plus vivante et plus frappante encore dans le Guhyasamaja-tantra, où les 5 Vainqueurs sont présentés comme des émanations du Bouddha Primordial. Selon ce tantra, le Bouddha Primordial (ici nommé Bodhichitta Vajra, c'est-à-dire Diamant de l'Esprit Eveillé) présidant, à un certain moment, une vaste assemblé céleste de bouddhas et d'êtres supérieurs, produisit, par la dynamique irradiant de lui, la manifestation de chacun des 5 Vainqueurs, qui se disposèrent sous la forme d'un mandala. Chacun de ces bouddhas se manifesta sous l'effet conjugué d'une absorption méditative particulière du Bouddha Primordial et de l'émission d'un mantra.
Petite encyclopédie des Divinités et Symboles du bouddhisme tibétain - Editions Claire Lumière
http://www.clairelumiere.com/index.php? ... coi2e9mo51

*Dharmadatu
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dharmadhatu
Vous ne pouvez pas consulter les pièces jointes insérées à ce message.
S'indigner, s'irriter, perdre patience, se mettre en colère, oui, dans certains cas ce serait mérité. Mais ce qui serait encore plus mérité, ce serait d'entrer en compassion.
Le Bouddhisme Le sutra du coeur603.WMA
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