Le zen et la vie de couple

Importante école bouddhiste, originaire de Chine et introduite au Japon au xiiie s.
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Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » mar. 13 juin 2017 12:44

Je vais inauguré ce nouveau fil par un extrait de A toi de Kodo Sawaki, un peu virulent je l'avoue. Le prochain texte sera plus soft.

3. A toi qui es totalement épuisé de te battre avec ton conjoint


La question n’est de pas de savoir qui a raison. Vous voyez tout simplement les choses d’un point de vue différent.
Arrête d’essayer de te prendre pour quelqu’un de spécial – et sois juste ce que tu es. Éteins la flamme. Assieds-toi!
Tout commence quand nous disons « je ». Tout ce qui suit est illusion.
Tout le monde imagine que son ego est une chose immuable, un point central autour duquel tout tourne. Il était une fois un homme qui a dit, « Regardez, tout le monde est en train de mourir, sauf moi! » Il y a longtemps qu’il est mort !
Tout le monde parle de se marier par amour, mais n’est-ce pas, en fait, juste un mariage pour le sexe ? Au final n’est-ce pas simplement une histoire de pénis et de vagin? Pourquoi tout le monde ne dit pas simplement qu’il est tombé amoureux d’un vagin?
Jette un oeil à la tête d’un chien qui vient de copuler. Il regarde simplement l’espace avec des yeux étrangement vides. C’est exactement pareil avec les gens – au début, ils sont frénétiques, mais à la fin, il n’y a rien du tout.
Un homme qui ne comprend rien épouse une femme qui ne comprend rien, et tout le monde dit: « Félicitations ! » Alors là, c’est moi qui ne comprends rien.
La famille est le lieu où les parents, les enfants, le mari et la femme en même temps se tapent tous sur les nerfs.
Quand un enfant se rebelle, les parents l’invectivent : « Tu ne comprends rien ! » Mais les parents ne sont-ils pas pareils ? N’est-il pas tout aussi vrai qu’ils ne comprennent rien du tout ? Tout le monde se perd dans l’ignorance.
Tout le monde parle de l’éducation, mais pour quoi est-on éduqué ? Pour être des citoyens ordinaires, voilà tout.
L’observation de ces êtres humains à la dérive est encore plus drôle que de regarder les singes au zoo.

http://racinesdelapresence.com/reseau/a ... do-sawaki/
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » mer. 14 juin 2017 11:54

Extrait de : Le Zen est juste ici, ed. Almora :

Tout en aidant Suzuki Roshi à se préparer pour une cérémonie de mariage, je lui dis un jour : Roshi, je ne comprends pas. Vous récitez la même chose à chaque mariage. Vous dites à l'homme : 'Vous avez épousé la femme parfaite' et puis vous dites à la femme : 'Vous avez épousé le mari parfait'. Et cela, quels que soient les futurs mariés...
Il sourit d'un air malicieux et lâcha : Ah... vous ne comprenez pas ?
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » jeu. 15 juin 2017 12:29

If you want to find Buddha nature, love someone and care for them.
Dainin Katagiri
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » ven. 16 juin 2017 11:23

"Lorsque vous aimez une personne, il doit y avoir de la confiance et de la complicité. L’amour sans confiance n’est pas tout à fait de l’amour. Bien entendu, vous devez d’abord commencer par avoir de la confiance et du respect envers vous même. Sachez que vous avez de la bonté et de la compassion en vous. Vous faites partie de l’univers; vous êtes fait de poussières d’étoiles. Lorsque vous regardez la personne que vous aimez, vous voyez qu’elle est aussi faite d’étoiles et qu’elle porte l’éternité en elle. "

Thich Nhat Hanh, How tho love

trouvé sur Qu'est-ce que l'amour ?
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » ven. 16 juin 2017 11:38

Tiens en cherchant des idées pour cette rubrique je suis tombé sur cet article de Psychologies.com intitulé "Mettez du zen dans votre couple", je pensais que le mot zen allait être encore une fois sorti de son contexte, et bien, pas tant que ça:

1er objectif : rejeter nos certitudes


Combien d’entre nous ont une idée préconçue de la relation avant même de s’engager ? Combien ont la certitude de connaître par cœur leur partenaire ? Ces certitudes sont rassurantes, elles grandissent au fil du temps et chacun devient alors la croyance de l’autre, façonné par ses attentes. Jusqu’au jour où la lassitude fait voler les barreaux de la cage ou que l’un des deux partenaires se révèle sous un jour inconnu…

Le principe : Tuer le Bouddha
« Si tu rencontres le Bouddha, tue le Bouddha ! » Cette réplique du maître chinois Lin-Tsi est certainement l’exhortation la plus déroutante du bouddhisme zen. Que signifie-t-elle ? Simplement que nous ne devons pas nous accrocher à une croyance, fût-elle la plus sacrée. Pour le bouddhisme zen, seule l’expérience est source de connaissance, et non l’idée, même brillante, que nous nous faisons d’une situation ou d’une personne. « Tuer le Bouddha », c’est le premier pas vers la liberté. Cet acte, qui consiste à se défaire de ses attentes, mais aussi de ses croyances et de ses préjugés, est, dans la vie amoureuse, le plus difficile à accomplir.

La pratique : Adopter l’esprit de débutant
Shoshin signifie, en japonais, l’esprit de débutant. « Lorsque nous n’avons pas l’idée de la réalisation, pas l’idée de soi, nous sommes de vrais débutants. Alors nous pouvons réellement apprendre quelque chose », écrit Shunryu Suzuki (1). Cet esprit, bien plus difficile à acquérir selon les maîtres zen que l’esprit de l’expert, ne peut se développer que si l’on accepte de tordre le cou à ses croyances et à ses habitudes.

Bannissez les « toujours » et les « jamais » quand vous vous adressez à votre partenaire.

N’assénez pas vos certitudes : « Je savais que tu réagirais comme ça », « Tu fais le mauvais choix, tu vas te planter », « Je sais ce que tu vas dire », etc.

N’énoncez pas de lois générales : « Tu ne sais pas t’y prendre avec les enfants », « Tu manques d’ambition », « Tu ne penses qu’à toi ».

Cultivez le « pourquoi pas ? »
Sortez de vos idées préconçues sur vous, sur lui (elle). Dans les discussions, efforcez-vous d’adopter son point de vue, simplement pour casser vos automatismes mentaux. Acceptez les propositions qui ne vous tentent pas a priori, juste pour en faire l’expérience.

Partagez vos émotions, vos découvertes, vos petites joies. Comme aux premiers jours de la relation. Ne faites pas des problèmes et des reproches le seul « pot commun ».


pour ceux que ça intéresse, la suite : http://www.psychologies.com/Couple/Vie- ... tre-couple
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » sam. 17 juin 2017 09:12

Reconnaissance à Mori

Les arbres se dépouillent et les feuilles tombent.
Mais le printemps revient.
La verdure pousse et les fleurs se vivifient.
L'ancienne promesse est tenue.
Je dois énormément à Mori.
Comment l'oublierais-je ?
Pendant des milliards de périodes cosmiques
Je serai une bête.

Note du traducteur : Ikkyu sera une bête à l'avenir à cause de Mori, mais il s'en réjouit, car ainsi il pourra travailler pour les hommes. Tomber dans le domaine des bêtes à cause de sa cohabitation avec Mori ne gêne pas du tout Ikkyû.

Dans Ikkyû, Nuages Fous traduit par Maryse et Masumi Shibata.

Pour la petite histoire, Ikkyu rencontra Mori à l'âge de soixante-dix-sept-ans (d'où l'image de l'automne) et Mori en avait 30.
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » dim. 18 juin 2017 12:48

Ce qui suit est extrait d'une interview de Haemin Sunim dans le Guardian. Haemin Sunim est un moine coréen, auteur d'un best-steller en Corée du Sud : Things You Can See Only When You Slow Down.
“I also get a lot of questions about husband-and-wife relationship problems. If your child is emotionally upset, it could be because the husband didn’t pay enough attention to his wife. So being kinder to your wife can help your child to have balance.”

Does that kind of teaching usually arise in response to husbands?

“Usually wives.”

Do men seek your advice as well? “Usually the husband tells me, ‘My wife nags, she tries to control me, she tells me: “Do this, do that, you’re not good enough.”’ So I jokingly tell my female audience, ‘You thought before you got married that you would be able to somehow change him, and you now know how impossible that is. And a part of love is acceptance, rather than trying to change your husband. To a certain degree, we have to reconcile and accept differences.”

You said something like that earlier, about your mother not trying to control you …

“That’s one of the lessons that I try to share. When you are trying to control people, you feel that something is missing within you, and you want to find somebody else who can give you the things that you need. And in the process, you want to control that person. But often you can just go out and get that which you have been longing to have, rather than use other people to get it,” he says.
la suite ici : Zen and the art of family maintenance – lessons from the bestselling Buddhist monk
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » dim. 3 sept. 2017 09:26

Voici, ci-dessous, un extrait d'une conférence donnée par Shunryu Suzuki à un groupe de visiteurs étudiant la philosophie. Conférence ayant pour thème l'esprit du Sandokai, poème de Sekito un maître chinois du VIIIe siècle. Dans ce poème il est dit :
Les choses ont des natures et des formes différentes.
Les saveurs, les sons et les sentiments sont tantôt bons tantôt mauvais.
Dans l'obscurité, le supérieur et l'inférieur ne se distinguent pas;
Dans la lumière, la dualité du pur et de l'impur apparaît.


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Je parlais à un étudiant de mes relations avec ma femme. Je me plains souvent, mais je ne pense pas que je puisse vivre sans elle. A vrai dire, c'est exactement ce que je ressens. Ici, à Tassajara, j'ai appris une expression très intéressante : mari mené par le bout du nez. Ce mari-là ne risque pas de relever la tête ; il est toujours mené par le bout du nez. Et pourtant, il a besoin de sa femme. Il a le sentiment qu'il n'est pas possible de vivre avec elle et qu'il vaudrait peut-être mieux divorcer. Et d'autres fois il se dit : "Mais je ne peux pas vivre sans elle... Donc je ne peux vivre ni avec elle ni sans elle. Que dois-je faire ?".

C'est un problème qui appartient au monde de la lumière. Quand la lumière est allumée, je me vois et je vois ma femme ; quand il n'y a pas de lampe, il n'y a pas non plus de problème. Mais on ne pense pas à l'obscurité. Nos souffrances viennent toujours de la vie que nous voyons avec nos yeux et que nous entendons avec nos oreilles. C'est ce que nous faisons. Dans le monde de la lumière, il est difficile de vivre avec eux. Voilà notre problème. Qu'allons-nous faire ? Mais si vous comprenez ne serait-ce qu'un tout petit peu l'obscurité, qui est l'envers de la lumière, alors vous découvrirez comment vivre dans la luminosité du monde.

Dans la lumière, vous verrez ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est vrai et ce qui est faux. Dans le monde de la différenciation, les choses existent sous une multitude de formes et de couleurs, et dans le même temps on peut trouver l'égalité de tout. Notre seule possibilité d'atteindre à l'égalité consiste à être conscients du monde de la forme et de la couleur et à le respecter. Ignares ou érudits, c'est seulement quand vous vous respecterez vous-même que vous aurez accès à la véritable égalité.

Shunryu Suzuki, La source brille dans la lumière
Dernière modification par chercheur le mar. 5 sept. 2017 09:41, modifié 1 fois.
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » mar. 5 sept. 2017 09:41


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Suzuki roshi et sa seconde femme Mitsu Suzuki, aka Okusan

(...)L'envers de la différenciation est donc l'égalité. L'égalité existe parce que les choses sont différentes. Lorsqu'on comprend vraiment l'égalité de l'homme et de la femme, on a plus de problème. Supposons que vous disiez : "Je ne peux pas vivre sans elle." A ce moment-là, vous ne savez ni qui elle est ni qui vous êtes. Vous comprendrez sa nature quand vous vous rendrez compte que c'est parce qu'elle est qu'elle est importante. Imaginons une femme dont le mari est plus idéaliste que réaliste, toujours enclin à faire l'impossible en ignorant les risques ; peut-être lui dira-t-elle : "Ne fais pas ça, c'est trop tôt. Attends. Attends." [Rires] Auquel cas il pensera sans doute : "Il faut que je le fasse tout de suite." Et il se plaindra : "Je ne peux pas vivre avec elle."[Rires] Pourtant c'est la nature de sa femme d'être comme elle est. Pour un homme trop pressé, peu soigneux, ce peut être une bonne chose que d'avoir une femme attentive, plus conservatrice. Il peut arriver qu'elle soit très en colère contre lui, mais cela aussi c'est sa nature. Et donc, quand il dit "Je ne peux pas vivre avec elle", c'est le signe d'une compréhension incomplète.

L'autre jour, j'ai dit que le caractère chinois pour "être humain" se compose de deux traits appuyés l'un sur l'autre ( /\ ). Cette image peut s'appliquer à l'homme et à la femme, ou à l'enseignant et au disciple. Sans enseignant pas de disciple, sans disciple pas d'enseignant. Donc, quand l'enseignant et le disciple sont comme les deux traits du caractère, s'appuyant l'un sur l'autre, il y a un monastère. Cela vaut pour tout ce qui existe : "Je ne peux pas vivre sans elle, ou sans lui." Il n'y a rien à redire à cela, mais beaucoup de difficultés apparaissent quand la compréhension de l'autre côté des choses ou des événements vous font défauts. L'autre côté du bien est le mal, celui du mal le bien. Ainsi est la réalité.

L'autre côté de l'obscurité est donc la lumière. Vous pouvez dire que cette pièce est sombre, mais elle l'est moins que la cave, où il n'y a aucune lumière. Et la cave est elle-même plus éclairée qu'une galerie de taupe. Si bien qu'on ne peut pas vraiment dire ce qui est sombre et ce qui est lumineux. L'obscurité et la lumière n'existent que dans votre esprit, et aucunement dans la réalité. Pourtant, nous avons parfois besoin de normes, règles ou moyens de communication, et nous disons que telle ou telle chose est bonne ou mauvaise, agréable ou désagréable. Ce ne sont que des mots. Or on ne doit pas se laisser piéger par les mots. Quand votre fiancée vous dit "je ne t'aime pas !" peut-être la prenez-vous au pied de la lettre. Mais il n'est pas impossible qu'elle veuille dire le contraire. Vous aimant beaucoup, elle a parfois l'impression de vous haïr, mais ce n'est pas vrai. Si vous vous accrochez aux mots sans voir le deux côtés des choses, vous ne saurez quoi faire.

Shunryu Suzuki, La source brille dans la lumière
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par yves » mar. 5 sept. 2017 14:34

le zen m'a toujours paru sinistre :mrgreen:
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » mer. 13 sept. 2017 07:18

Shunryu Suzuki nous donne ici une illustration du kôan : "Parvenu au sommet du mât de cent pieds, comment avancer ?"

Oubliez ce moment et hissez-vous vers le suivant. C'est la seule voie. Par exemple, quand le petit déjeuner est prêt, ma femme fait résonner des claquettes de bois. Si je ne réponds pas, elle peut continuer à les faire claquer jusqu'à ce que je sois assez irrité. Le problème est très simple : c'est parce que je ne réponds pas. Si je dis "Oui !", il n'y a pas de problème. Comme je ne dis pas "Oui !", elle continue de m'appeler parce qu'elle ne sait pas si je l'ai entendue ou non.

Parfois elle peut penser : "Il sait, mais il ne répond pas." Quand je ne réponds pas, je suis au sommet du mât. Je ne fais pas le saut. Je crois que j'ai quelque chose d'important à faire au sommet du mât : "Tu ne devrais pas m'appeler, tu devrais attendre." Ou bien, je pense peut-être : "C'est très important ! Je suis tout là-haut, au sommet du mât ! Tu ne comprends pas ?" Alors, elle continue à faire sonner les claquettes. C'est ainsi que nous créons des problèmes.

Le secret consiste donc seulement à dire "Oui !" et à se jeter dans le vide. Dès lors, il n'y a plus de problème. Il s'agit d'être soi-même dans l'instant présent, toujours soi-même , sans s'accrocher à son vieux moi. Vous oubliez tout ce qui vous concerne et vous êtes revigoré. Vous êtes un nouveau moi et avant que ce moi devienne un vieux moi, vous répondez "Oui !" et vous allez à la cuisine prendre le petit déjeuner. L'essentiel, à chaque instant, est donc d'oublier l'essentiel et d'étendre votre pratique à votre vie.

Comme le dit Maître Dogen : "Étudiez le bouddhisme, c'est s'étudier soi-même. S'étudier soi-même, c'est oublier soi-même à chaque instant." Tout viendra alors vous aider. Chaque chose contribuera à attester votre éveil. Quand je dis "Oui !", ma femme atteste mon éveil : "Oh, tu es un bon mari !" Mais si je m'attache à ce "bon mari" que je crois être, je crée un autre problème.

Concentrez-vous donc à chaque instant pour être vraiment vous-même. A cet instant, où se trouve la nature de Bouddha ? La nature de Bouddha, c'est quand vous dites "Oui !". Ce "Oui !" est la nature de Bouddha elle-même. Celle que vous croyez déjà posséder n'est pas la nature de Bouddha. Quand vous devenez vraiment vous-même, oubliez tout de vous et dites "Oui !" - voilà la nature de Bouddha.

Cette nature de Bouddha n'apparaîtra pas dans le futur, elle est déjà là. Si vous n'avez qu'une idée de la nature de Bouddha, cela ne veut rien dire du tout. Ce n'est qu'un "gâteau de riz peint", pas un vrai. Si vous voulez le véritable gâteau de riz, regardez-le donc quand il est là. Quand vous êtes seulement vous-même, vous avez le véritable éveil. Si vous tentez de vous accrochez à ce que vous avez déjà atteint, ce n'est pas le véritable éveil.

Parfois vous rirez de vous-même quand votre pratique s'égarera. "Mais qu'est-ce que je fais ?..." C'est en comprenant comment votre pratique avance tant bien que mal que vous l'apprécierez. La véritable compassion, le véritable amour, le vrai encouragement, le vrai courage naîtront de là et vous deviendrez alors quelqu'un de bon.

Extrait de Libre de soi, libre de tout de Shunryu Suzuki
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Re: Le zen et la vie de couple

Message non lu par chercheur » mar. 19 sept. 2017 12:37

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Suzuki roshi pratiquant zazen

(...)La chose elle-même est vacuité, et en y ajoutant quelque chose vous souillez la nature véritable. Ne pas souiller les choses, cela consiste à les vider. Quand vous êtes assis en shikantaza, ne vous laissez pas déranger par les sons, ne laissez pas le mental fonctionner. Cela implique de ne pas s'appuyer sur aucun organe des sens ni sur le mental pour simplement recevoir des nouvelles du monde de la vacuité. C'est cela shikantaza.

Vider n'équivaut pas à refuser. Habituellement, quand nous refusons quelque chose, nous voulons lui substituer autre chose. Quand je refuse la tasse bleue, cela signifie que je veux la blanche. Quand vous discutez avec quelqu'un et que vous rejetez son opinion, vous cherchez à lui imposer la vôtre. C'est généralement ce que l'on fait. Mais notre voie n'est pas celle-là. En vidant les choses des idées égocentrées que nous plaquons sur elles, notre observation de celles-ci se purifie. Quand nous regardons les choses telles qu'elles sont, il n'est plus besoin de substituer une chose à une autre. C'est ce que nous entendons par "vider" les choses.

Si nous vidons les choses et que nous les laissons être comme c'est, elles fonctionnent. A l'origine, les choses sont liées, elles sont unies et cet être-un se déploie. Pour le laisser se déployer, nous vidons les choses. Quand nous adoptons une attitude de ce genre, sans la moindre idée de religion nous sommes religieux. Quand cette attitude manque à notre pratique religieuse, celle-ci devient naturellement une sorte d'opium. Purifier notre expérience et observer les choses comme c'est, c'est comprendre le monde de la vacuité et la raison pour laquelle le Bouddha a laissé tant d'enseignements.

Dans notre pratique de shikantaza, nous ne recherchons rien parce qu'une telle recherche se fonde sur une idée du moi : nous essayons d'accomplir quelque chose pour conforter cette idée du moi. C'est ce que vous faites quand vous accomplissez un certain effort, mais notre effort consiste à nous débarrasser de l'activité égocentrée. C'est ainsi que nous purifions notre expérience.

Ainsi si vous lisez et que votre épouse ou votre mari vous demande : "Veux-tu une tasse de thé ?", vous répondrez peut-être : "Non, je suis occupé... ne me dérange pas !" Si vous lisez de cette façon, je crois que vous devriez vous interroger. Vous devriez répondre "Quelle bonne idée, s'il te plaît, apporte-moi une tasse de thé." Alors vous vous arrêtez de lire et buvez votre thé. Une fois votre tasse finie, vous poursuivez votre lecture.

Vous pouvez aussi refuser net : "Je suis très occupé pour l'instant !", ce qui n'est pas très bon parce que alors votre esprit ne fonctionne pas dans sa globalité. Une partie de votre esprit travaille dur, mais l'autre ne travaille peut-être pas aussi dur. Vous perdez peut-être l'équilibre dans votre activité. Si vous lisez, ce n'est sans doute pas grave, mais si vous pratiquez la calligraphie et que votre esprit n'est pas en état de vacuité, votre travail vous dira : "Je ne suis pas en état de vacuité". Vous feriez mieux de vous arrêter.

Si vous êtes un élève zen, vous devriez avoir honte d’exécuter une calligraphie de cette façon. Faire une calligraphie revient à faire zazen. Donc quand vous travaillez à une calligraphie, si quelqu'un vous dit : "S'il te plaît, viens prendre une tasse de thé", et que vous répondez :"Non, je fais une calligraphie !" votre calligraphie clamera : "Non, non !" Vous ne pouvez vous duper vous-même.

(...) Il peut être parfois bienvenu de pratiquer zazen comme une sorte d'exercice ou d'entraînement afin de renforcer votre pratique ou de rendre votre respiration fluide et naturelle. Cela fait peut-être partie de la pratique, mais quand nous disons shikantaza, ce n'est pas ce que nous avons en vue. Quand nous recevons des nouvelles du monde de la vacuité, la pratique de shikantaza s'accomplit.

Extrait de Libre de soi, libre de tout de Shunryu Suzuki
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