Zen, éthique et samouraïs

Importante école bouddhiste, originaire de Chine et introduite au Japon au xiiie s.
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yudo
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Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par yudo » dim. 8 mai 2016 10:59

Je viens de lire le dernier article de Brad Warner sur la méditation pour les "battants". Et, plutôt que de reporter l'article en sa totalité comme je le fais souvent, je vais bêtement pousser un coup de gueule.

J'en ai vraiment par dessus la tête (ça me sort carrément par les oreilles) des interminables blablas sur les samouraïs, et autres saloperies guerrières. C'est sûr que c'est teeeeeeellement romantiiiique de parler de guerre, lorsqu'on vit dans la paix la plus totale. Il n'y a pourtant qu'à regarder la télé pour constater qu'il n'y a rien de romantique à vivre dans un pays en conflit et de devoir se coltiner en permanence des militaires susceptibles de vous couper la tête pour un oui ou pour un non.

Brad écrit que "les samouraïs de l'ancien Japon avaient compris que la méditation pouvait leur donner un avantage compétitif. Ils se servaient de Zazen pour "renforcer leurs capacités" et "leur habilité à se concentrer", pour paraphraser l'article du Huffington Post."

Il poursuit en écrivant: "Ça, c'est bien sûr! Si vous voulez couper le cou à votre archi-ennemi du clan Miyamoto ou détruire la carrière de vos rivaux, la méditation aide. Mais c'est un problème.

"Vendre la méditation en tant que clé du succès détruit la méditation. (Ce faisant), vous ne faites que renforcer la part de vous-même qui est toujours insatisfaite, en quête perpétuelle d'approbation, en chasse éternelle de pouvoir et d'argent. Vous avez découvert une façon encore plus efficace de vous assurer de ne jamais être heureux, équilibré, jamais en paix."

Je pense vraiment que cette fascination pour le Japon des Arts martiaux, lorsqu'elle débouche sur le Zen, est responsable de l'attitude méprisante, odieuse, sans humour ni bonté, incapable de sourire d'une erreur, toujours sur la brèche dès qu'il s'agit d'humilier quelqu'un d'autre, hallucinante de bêtise et d'ignominie que l'on trouve pratiquement partout dans les dojos zen français. D'éthique, là dedans, vous imaginez bien que, s'il y en a une, c'est celle du respect aveugle et bête de la hiérarchie, de l'humiliation des faibles et de la prépotence (j'utilise à dessein un italianisme: il couvre et l'arrogance et l'abus de pouvoir) des forts.

Le Bouddhisme originel insistait énormément sur l'éthique et le respect des préceptes. Mais comme dans toute chose, le mieux est l'ennemi du bien, et l'excès a pu entraîner le genre de rigidité qui permettra toujours aux "prépotents" (je récidive) d'en profiter pour humilier l'autre à bon compte grâce à leur connaissance parfaite du règlement.

Dans le Zen, on insiste moins, précisément parce que trop souvent, l'éthique devient une approche au monde plutôt étroite et inflexible, avec des gens qui la manient comme une masse pour empêcher les autres de faire ce qu'eux n'aiment pas.

Il est vrai qu'un des effets intéressants de ce phénomène, c'est de nous forcer à constater que la présence et la concentration la plus impressionnante peuvent être atteinte sans pour autant être obligé d'observer les standards moraux, voire légaux de la communauté.

Un des commentateurs faisait observer qu'à sa mort, le Bouddha dit à ceux qui l'entouraient “tenez-vous bien aux trois règles principales”, mais que personne ne savait auxquelles il faisait allusion. Je pense pour ma part qu'il était pourtant bien facile de deviner quelles elles sont: s'abstenir de tuer, s'abstenir de voler et s'abstenir de mentir.
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Dumè Antoni

Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par Dumè Antoni » dim. 8 mai 2016 18:54

Yudo a écrit :Je pense vraiment que cette fascination pour le Japon des Arts martiaux, lorsqu'elle débouche sur le Zen, est responsable de l'attitude méprisante, odieuse, sans humour ni bonté, incapable de sourire d'une erreur, toujours sur la brèche dès qu'il s'agit d'humilier quelqu'un d'autre, hallucinante de bêtise et d'ignominie que l'on trouve pratiquement partout dans les dojos zen français.
Dans les dojos français (je suppose de l'AZI ?) je ne sais pas. En revanche, je garde un très bon souvenir du petit livre d'Herrigel : "Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc" que je conseille souvent à des amis qui souhaitent connaître le Zen à travers un art martial. À la Falaise Verte, le kyodo (tir à l'arc traditionnel) est enseigné par T. Jyoji, puisqu'en plus d'être maître zen, ce dernier est 8ème dan de Kyodo. Jyoji parle du kyodo comme d'un "Zen debout" et son successeur, Taishi, qui a passé 11 ans en monastère à Shofuku-ji avant de revenir à la Falaise Verte, est venu au Zen par le kyodo (Jyoji fut d'abord son maître en kyodo).

Cela étant, les samouraïs utilisaient plutôt le kendo (sabre), et la relation de corps à corps qu'implique cet art martial n'existe pas dans le kyodo (puisqu'on tire sur une cible et non sur un homme ou un animal, fort heureusement :lol: ). Concernant le corps à corps, j'ai quant à moi pratiqué quelques années la boxe française quand j'étais jeune et je sais que beaucoup venaient des arts martiaux japonais, karaté notamment, parce que les karatékas ne portent pas leurs coups (contrairement à la boxe française), ce qui s'avère frustrant pour certain(e)s. Il doit donc exister, dans le combat de corps à corps, quelque chose qui relève d'une certaine violence que beaucoup ont — au début — du mal à canaliser, ce qui expliquerait peut-être les conséquence fâcheuses que tu décris. Et alors, c'est de pouvoir frapper vraiment qui délivre, paradoxalement, du besoin de frapper (sans doute aussi parce qu'on reçoit ce qu'on donne, en combat, et c'est là une excellente façon de comprendre le karma par l'expérience de la douleur).

De mon point de vue, les problèmes que tu soulèves sont propres à des personnalités frustrées qui ne savent pas (ou ne peuvent pas) canaliser leur violence, et ça devient pathologique. Un peu comme ces karatékas qui abandonnaient le karaté pour la boxe afin de pouvoir frapper. Le kyosaku est-il le moyen de déployer cette violence ?
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par LaMoelle » dim. 8 mai 2016 19:24

C'est un livre Herregel que j'ai lu jeune mais depuis j'ai lu de nombreuses critiques négatives sur ce livre .
Aussi à signaler sur wiki ceci
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Zen_da ... 3%A0_l'arc
À la lumière de travaux récents, en particulier ceux produits depuis les années 1990 dans le monde universitaire anglo-saxon, il importe de contextualiser Le Zen dans l'art chevaleresque du tir l'arc dans l'époque troublée du national-socialisme allemand et de l'impérialisme militariste japonais des décennies 1920, 1930 et 1940. Certains universitaires allemands et japonais férus d'échanges « intercontinentaux », et ralliés aux thèses nationalistes et guerrières qui proliféraient alors dans leur pays d'origine, se prirent à mêler avec entrain tant des considérations d'ordre spirituel, que philosophique ou martial (bushidō) dans le but de légitimer et exprimer leur soutien à ces causes. Or, à bien considérer les éléments actuellement connus de la vie et des travaux d'Eugen Herrigel, force est de constater que sa carrière académique connu une rapide accélération non seulement du fait de son adhésion au parti nazi, mais aussi grâce à la manière dont il fit l'habile publicité de son expérience japonaise en la raccrochant aux théories du NSDAP pour tenter de se donner une visibilité et se démarquer autant que possible de manière originale des autres professeurs d'université nazis. De fait, Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc apparaît comme la version édulcorée – et soluble dans les valeurs de l'après-Seconde Guerre mondiale des lecteurs issus de pays ayant vaincu les totalitarismes – d'un premier article-conférence paru en 1936 qui est, quant à lui, nettement connoté idéologiquement, L'Art chevaleresque du tir à l'arc. Titre de 1936 dans lequel on soulignera qu'Eugen Herrigel avait pris soin de ne pas glisser le mot « zen »
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par Dumè Antoni » dim. 8 mai 2016 19:38

Oui, bien sûr. Il y a aussi le livre de Brian Victoria "le Zen en guerre" où l'on découvre que de nombreux maîtres zen réputés ont servi le régime nippon engagé du côté de l'Allemagne Nazie.
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Message non lu par ted » dim. 8 mai 2016 20:58

Dumè Antoni a écrit :Oui, bien sûr. Il y a aussi le livre de Brian Victoria "le Zen en guerre" où l'on découvre que de nombreux maîtres zen réputés ont servi le régime nippon engagé du côté de l'Allemagne Nazie.
Ils étaient Japonais ces maitres. Ils n'ont pas servi "le régime nippon", ils ont servi leur pays. La nuance est de taille !

Si vous voulez parler de tels engagements, il y a le fil de Leidenstadt au 8 mai 1945 que j'ai lancé en ce 8 mai 2016, fête de l'armistice.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par yudo » dim. 8 mai 2016 22:04

Dumè Antoni a écrit :Oui, bien sûr. Il y a aussi le livre de Brian Victoria "le Zen en guerre" où l'on découvre que de nombreux maîtres zen réputés ont servi le régime nippon engagé du côté de l'Allemagne Nazie.
En même temps, et malgré tout l'aspect absolument nécessaire de ce livre, il semble que Victoria ait voulu pousser le bouchon trop loin (en anglais "overkill"), et qu'il ait parfois "interprété" certains textes pour qu'ils correspondent à ses thèses.

Il y a eu une polémique entre Brad Warner et lui sur ce thème, parce que Warner avait observé que la traduction incriminante que Victoria faisait de certaines expressions était forcée et controuvée.

De plus, loin de moi aller nier la profonde sottise des militaires gouvernant le Japon à partir des années ' (je rappelle qu'à un certain moment, un premier ministre et deux autres ministres ont été assassinés dans l'espoir de porter le général Mazaki au pouvoir (celui-là même dont Deshimaru écrivait qu'il avait dû choisir entre le Zen et son amitié pour lui); mais comme le faisait remarquer Nishijima, en réponse à une question, s'opposer au gouvernement dans le Japon de cette époque, ce n'était pas seulement se mettre en danger, mais mettre en danger toute sa famille, considérée comme co-responsable.

De plus, les bouddhistes japonais ayant été l'objet d'une persécution assez furieuse, après la révolution de Meiji, ils se sentaient obligés de montrer leur patriotisme. Je ne crois pas, à cet égard, que les soldats français, sous notre Grand Dictateur Militaire, aient véritablement eu conscience de participer à un truc totalitaire, en négation absolue avec la Révolution Française.
La responsabilité des élèves est d'empêcher le maître de se "prendre pour un maître".
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par Dumè Antoni » lun. 9 mai 2016 10:16

Ted a écrit :Ils étaient Japonais ces maitres. Ils n'ont pas servi "le régime nippon", ils ont servi leur pays. La nuance est de taille !
En fait, ma remarque était une sorte de boutade en réponse aux indications de Wiki relatives aux engagements d'Herrigel dans le parti nazi, comme si ça retirait quelque chose au contenu de l'expérience décrite dans le roman. Les maîtres zen, et parmi les plus grands, ont servi la cause de l'Allemagne nazie, et le fait qu'ils l'aient d'abord fait pour le Japon — ou plutôt pour l'Empereur — ne retire rien au fait qu'ils étaient engagés comme Herrigel l'était probablement aussi. Et sans doute aussi comme en Allemagne, il y a eu des résistants, et au Japon parmi ceux-ci des moines zen, des moines résistants qui ont non seulement été bannis des monastères où ils officiaient, mais sont passés par la case prison, quand ils n'ont pas été simplement assassinés. Ça n'est que bien plus tard, après la capitulation de l'Allemagne nazie et du Japon, que ces moines ont été réintroduits "à titre posthume" dans le clergé nippon.

Est-ce que le Zen est ressorti sali des engagements de ses maîtres ? Non. Le "zeniste" n'est pas le Zen. Si je devais confondre Zen et zeniste, je cesserais de pratiquer le Zen. Dans le livre de Victoria, il y a un moment un passage où un officier a le kensho pendant qu'il est en train de pisser, avec probablement plus de sang sur la conscience (ou sur les mains) qu'il y en a dans tous les abattoirs de nos villes. Voilà ce qu'est le Zen et voilà ce que sont les zenistes. Mais je ne juge pas le Zen à travers eux. Je ne les juge pas non plus. Je suis nul en comptabilité karmique. Seule la Compassion me guide.
Si vous voulez parler de tels engagements, il y a le fil de Leidenstadt au 8 mai 1945 que j'ai lancé en ce 8 mai 2016, fête de l'armistice.
Non merci. Je sais très bien que nous y étions. A la fois comme bourreaux et comme victimes.
Yudo a écrit :comme le faisait remarquer Nishijima, en réponse à une question, s'opposer au gouvernement dans le Japon de cette époque, ce n'était pas seulement se mettre en danger, mais mettre en danger toute sa famille, considérée comme co-responsable.
Très certainement. Et ce fut sans doute le cas aussi dans l'Allemagne nazie où certains soldats et officiers ont subi par la contrainte. C'est pourquoi je ne juge pas.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par ted » lun. 9 mai 2016 10:45

Dumè Antoni a écrit :Je suis nul en comptabilité karmique. Seule la Compassion me guide.
Je sais Dumè... C'est d'ailleurs ce qu'on ressent à la lecture de ton livre Le sarcophage des Dieux qu'on peut trouver à la fnac, ou ailleurs.
Même si c'est une oeuvre de fiction, je recommande sa lecture à tous les membres. jap_8
Pour mieux nous aider à comprendre qui est Dumè Antoni...
Tu as beaucoup de sensibilité, comme tous les écrivains.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par Dumè Antoni » lun. 9 mai 2016 10:51

Je ne sais pas si cette pub est judicieuse ici, mais merci quand même. jap_8
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par yudo » lun. 9 mai 2016 15:13

Tout ça nous éloigne de mon propos initial (le second effet Sylvie, je suppose).

Pour moi, le livre de Victoria était tombé à pic par rapport à cette fascination pour les samouraïs que l'on trouve à tous les coins de dojos, avec leurs adjudants de service (souvent des adjudantes, d'ailleurs). Mais malheureusement, non seulement il a vite été balayé du revers de la main, car l'essentiel du Zen français traite, je pense, non pas de la libération, mais de l'autoritarisme. Même si cela peut sembler bizarre comme formulation, j'insiste depuis plus de 40 ans sur l'autoritarisme versus l'autorité, parce que la véritable autorité n'est pas, n'est jamais un problème. Mais que, paradoxalement, l'autoritarisme en est la négation absolue.

De plus, comme je l'ai déjà dit, certaines outrances de Victoria ont un peu décrédibilisé le reste, car à mettre dans le même sac Yasutani qui était un authentique hystérique fascisant et Kôdô Sawaki, c'est fatalement se donner un coup de bêche sur les pieds.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par Dumè Antoni » lun. 9 mai 2016 16:28

Yudo a écrit :l'essentiel du Zen français traite, je pense, non pas de la libération, mais de l'autoritarisme.
Je suppose que tu veux parler du Zen de l'AZI ? Auquel cas, peut-être conviendrait-il de le préciser, car le lecteur n'est pas toujours familiarisé avec les différentes écoles du Zen en France et pourrait faire des amalgames fâcheux.
Yudo a écrit :De plus, comme je l'ai déjà dit, certaines outrances de Victoria ont un peu décrédibilisé le reste, car à mettre dans le même sac Yasutani qui était un authentique hystérique fascisant et Kôdô Sawaki, c'est fatalement se donner un coup de bêche sur les pieds
Victoria s'est contenté de relever des faits sans nuances, en tirant dans le tas, si j'ose dire. Il a fait un travail d'historien, en collectant des faits, comme s'il n'avait pas été impliqué alors qu'il est lui-même moine zen, rattaché à l'école Sôtô. Bien sûr, on pourra lui reprocher beaucoup de choses (et une partie du clergé nippon ne s'en est pas privé), mais son livre a le mérite d'exister et sans lui nous nous serions tous illusionnés sur les maîtres zen, en faisant d'eux des sortes d'icônes immaculées (ce qu'ils pouvaient par ailleurs être, au moins au plan du Nirmanakaya, mais ce n'était pas le sujet de Victoria et c'est heureux). Ce que je reprocherais à Victoria, pour ma part, mais peut-être n'est-il pas tout à fait responsable (car le lecteur l'est autant par son interprétation), c'est d'avoir montré une sorte de "maladie du Zen", alors que ça n'était que la maladie de ses maîtres (et encore...). En clair, le problème n'était pas le Zen mais les 2 premières Nobles Vérités. Et donc, si Victoria avait souhaité être objectif, il aurait dû parler non pas du "Zen en guerre" mais des maîtres zen pris dans le tourbillon du samsara, sans possibilité d'en sortir sinon d'apprendre aux soldats à tuer pour ne pas se faire tuer ou à mourir sans être envahi par la peur quand il n'y a plus que cette perspective pour eux. D'autres pourraient penser qu'ils auraient pu inciter à la révolte, à la désobéissance. Mais ceux-là n'y étaient pas et il est toujours plus facile de critiquer quand on n'est pas dans le problème que quand on est dedans.

Quant à Yasutani, j'avoue que je ne connais de lui (en dehors de ce qu'en dit Victoria et quelques biographies lues sur le net) que le portrait élogieux de Kapleau dans son livre "les trois piliers du Zen". Kapleau n'était pas ce qu'on pourrait appeler un "fascisant", ni avant, ni après sa conversion au Zen (bien au contraire) et j'avoue avoir quelques difficultés à croire qu'il eût pu s'attacher à un maître "hystérique fascisant". Mais peut-être ne savait-il pas tout. Moi non plus, d'ailleurs.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par yudo » lun. 9 mai 2016 18:24

Dumè Antoni a écrit :
Yudo a écrit :l'essentiel du Zen français traite, je pense, non pas de la libération, mais de l'autoritarisme.
Je suppose que tu veux parler du Zen de l'AZI ?
Evidemment. pour moi, cela va tellement de soi que j'oublie de spécifier.
Dumè Antoni a écrit :
Yudo a écrit :De plus, comme je l'ai déjà dit, certaines outrances de Victoria ont un peu décrédibilisé le reste, car à mettre dans le même sac Yasutani qui était un authentique hystérique fascisant et Kôdô Sawaki, c'est fatalement se donner un coup de bêche sur les pieds
(...) En clair, le problème n'était pas le Zen mais les 2 premières Nobles Vérités. Et donc, si Victoria avait souhaité être objectif, il aurait dû parler non pas du "Zen en guerre" mais des maîtres zen pris dans le tourbillon du samsara, sans possibilité d'en sortir sinon d'apprendre aux soldats à tuer pour ne pas se faire tuer ou à mourir sans être envahi par la peur quand il n'y a plus que cette perspective pour eux. (...)
Quant à Yasutani, j'avoue que je ne connais de lui (en dehors de ce qu'en dit Victoria et quelques biographies lues sur le net) que le portrait élogieux de Kapleau dans son livre "les trois piliers du Zen". Kapleau n'était pas ce qu'on pourrait appeler un "fascisant", ni avant, ni après sa conversion au Zen (bien au contraire) et j'avoue avoir quelques difficultés à croire qu'il eût pu s'attacher à un maître "hystérique fascisant". Mais peut-être ne savait-il pas tout. Moi non plus, d'ailleurs.
En fait, ils ont fini par se fâcher. Je suppose que, fatalement, Yasutani avait des qualités de charisme, mais rien que sa demande de fermer toutes les Universités du Japon et d'enfermer les profs te dit bien ce qu'il était. De plus, il semble que ces maîtres, après la guerre, se tenaient relativement à carreau, surtout aux USA.

Mais je pense que des types comme lui ont une énorme responsabilité dans l'injection subreptice de cet esprit fascisant dans le Zen. Ce n'est pas un hasard non plus pour l'AZI, si Deshimaru dans ses mémoires raconte qu'il a dû choisir entre ses amitiés pour le général Mazaki et le Zen. Il a choisi le Zen, mais l'autre éventualité signifie qu'il était, avant guerre, proche des milieux les plus extrémistes dans le militarisme. Pour mémoire, les partisans du général avaient assassiné deux ministres et un premier ministre dans l'espoir que leur chef fut nommé au gouvernement...

Dans tous ces cas de figure, lorsque, au prétexte de pratiquer le Zen, on se retrouve à pratiquer une forme de sectarisme autoritaire, c'est qu'on oublie les 4 Nobles, on oublie les 4 vertus du bodhisattva de maître Dôgen, on oublie les versets du Dhammapada auxquels faisait allusion le maître Chôka Dôrin, dans sa réponse au préfet Haku Rakuten: "Eviter le mal, pratiquer le bien pour toutes les créatures, se purifier l'esprit, tel est l'enseignement des bouddhas".

_______________________________________________
Note: On s'écharpe souvent sur le sens du mot "fascisme". Il est devenu, dans certains milieux, une insulte péremptoire et dirimante, sans que personne ne s'intéresse jamais trop à ce qu'il veut dire. Benito Mussolini, dont je pense qu'il fait autorité en la matière, disait quelque chose comme : "Le fasciste abandonne sa volonté propre pour la mettre au service de celle du Duce, afin que la volonté du Duce se réalise sans obstacle!". Remplacez "volonté propre" par "ego"...
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par ted » lun. 9 mai 2016 20:19

Je ne vois pas d'autoritarisme dans cette vidéo.
Est-ce que vous n'avez pas tendance à dramatiser un peu ? :oops:

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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par blutack » lun. 9 mai 2016 21:30

Il convient je crois de ne pas trop idéaliser les maitres mais il faut aussi relativisé la morale surtout quand on ne juge pas un individu mais un peuple et une époque. Bien souvent les maitres reflètent les opinions de leurs époques. Hors au Japon à cette époque je crois que les idées militaristes étaient dominantes tant chez les élites que le peuple. Aujourd'hui ce n'est pas différent, quand des maitres tibétains font l'apologie du végétarisme au nom du premier préceptes mais ne touche pas un mot sur l'avortement c'est là aussi parce qu'ils vont dans le sens de leur époque. C'est du pareil au même. Beaucoup s'illusionnent en croyant que si ils avaient vécu à dans les années 30-40 ils auraient été du côté des "gentils" mais ils rêvent ces gens là ! Ils auraient été pétiniste en 40 et gaulliste en 45 comme la grande majorité des autres. Comme aujourd'hui la plus part des gens sont pour l'égalité, les droits de l'homme, contre le racisme, etc... Chaque époque à ses idéologies et sa conception du bien et du mal, il faut prendre de la distance avec la petite morale si on veut comprendre l'Histoire.
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Re: Zen, éthique et samouraïs

Message non lu par yudo » mar. 10 mai 2016 07:07

ted a écrit :Je ne vois pas d'autoritarisme dans cette vidéo.
Est-ce que vous n'avez pas tendance à dramatiser un peu ? :oops:
Ted! Depuis quand une vidéo (propagande) va te montrer ce qu'on ne veut pas montrer?

Pour fonder ce temple, OWG a ponctionné d'autorité les comptes de tous les dojos de sa baronnie. Le fondateur du dojo de Heidelberg qui a prétendu refuser pour des raisons locales s'est fait expulser de son propre dojo! Je ne te parle même pas du cas de lausm qui s'est fait virer du dojo qu'il fréquentait par OWG sans même avoir été entendu.

Tu crois vraiment que l'autoritarisme ne se voit que de façon caricaturale? Si tu devais croiser Ingrid Igelnik, tu n'aurais sans doute pas à première vue idée que cette fille est un adjudant. Il faut la fréquentation, l'expérience. L'adjudante de Marassi est assez gratinée, elle aussi. Je pourrais te citer bien des exemples, ta vidéo n'y changerait rien!
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